Comment l’IA déprime les salaires d’entrée et les embauches (contenu en anglais)
Consulter l’article complet
Une étude rigoureuse montre que l’IA générative fait baisser les salaires d’entrée et réduit les embauches juniors dans les entreprises qui l’adoptent.
Intérêt de la source
Azar, Giné et Sanz-Espín montrent, avec une rigueur méthodologique rare, que l’IA générative cause effectivement ces effets sur les salaires, et ne leur est pas simplement associée. S’appuyant sur 138 millions de travailleur·euses américain·es, les chercheur·euses ont tiré parti de l’arrivée de ChatGPT en novembre 2022 : dans les entreprises fortement exposées à l’IA, les trajectoires salariales étaient stables avant novembre 2022, puis ont divergé après – ce qui permet de conclure à une causalité plutôt qu’à une coïncidence.
On en tire trois constats. D’abord, un effet à deux vitesses : les salaires d’entrée ont chuté de 6,3 % pour les postes juniors et de 5,9 % pour les mi-niveaux dans les firmes exposées à l’IA, tandis que les salaires seniors sont restés stables ou ont augmenté. Ensuite, une restructuration de la hiérarchie : les firmes réduisent la part de postes juniors et gonflent les postes mi-niveau – mais en les peuplant de travailleur·euses moins scolarisé·es qu’auparavant. Les titres changent, mais les exigences réelles diminuent – c’est une dévaluation des diplômes par redéfinition des postes, pas une hausse du niveau requis. Enfin, l’effet est universel : petites et grandes entreprises, secteurs manufacturier comme des services, sont touchées de façon comparable.
Ces résultats constituent une mise à jour directe des observations d’Erik Brynjolfsson, qui notait l’absence d’impact salarial mesurable – l’écart s’explique par la granularité : l’effet est concentré sur les nouvelles embauches, invisible dans les moyennes agrégées.
À suivre : Le risque de « barreau manquant » (missing rung), si les firmes cessent d’embaucher des apprenti·es, comment la prochaine génération d’expert·es acquerra-t-elle le savoir tacite nécessaire aux postes seniors ? La question concerne directement les pratiques de formation interne et la valeur des diplômes dans les secteurs cognitifs.Pour en savoir plus : AI Doesn’t Reduce Work – It Intensifies It, étude ethnographique de 8 mois dans une entreprise tech américaine (~200 employé·es) qui documente trois formes d’intensification : expansion des tâches (les employé·es absorbent des rôles spécialisés), travail ambiant (l’accessibilité de l’IA efface les frontières vie-travail), et multitâche accru. Complète l’étude IESE en montrant ce que la restructuration hiérarchique fait vivre aux individus en poste, là où IESE mesure ses effets sur les nouvelles embauches.
By automating the entry-level rung of this ladder, generative AI risks disrupting the pipeline through which workers acquire skills. If firms stop hiring apprentices today to increase short-run efficiency, they risk creating a broken rung in the career ladder, raising urgent questions about how the next generation of experts will be trained in an era of automated cognition.