Article
Catégorie Veilles et prospectives
Date de publication 30 mars 2026
Auteur Hubert Guillaud
Source Dans les algorithmes
Pratiques de travail
Modalités d’emploi

Que font les « patrons » algorithmiques au travail ?

Intérêt de la source

En s’appuyant sur les travaux d’Antonio Aloisi et Valerio De Stefano (Your Boss Is an Algorithm), Hubert Guillaud documente la transformation du management par les systèmes algorithmiques – non pas comme outil neutre, mais comme forme d’autorité inédite. Les données sont éloquentes : la part de travailleur·euses rapportant une autonomie décisionnelle est passée de 62 % à 34 % entre 1992 et 2024 au Royaume-Uni, une tendance attribuée directement à la montée du management numérique.

Ce qui distingue cette analyse est son attention aux risques que ces systèmes font peser sur les organisations elles-mêmes, pas seulement sur les individus. Les entreprises qui déploient des outils d’IA externes deviennent légalement responsables de systèmes qu’elles ne maîtrisent pas, une « dépossession des entreprises » qui concerne autant les dirigeant·es que leurs employé·es. Par ailleurs, ces systèmes inscrivent des règles dans le code avant même que les instances habituelles – comités, négociations, politiques RH – n’aient été consultées. Quand ces processus entrent en jeu, l’essentiel est déjà décidé : la gouvernance fonctionne en apparence, mais s’applique à une réalité déjà façonnée ailleurs.

Pour des organisations québécoises en transformation numérique, l’enjeu concret est de déployer ces outils sans comprendre leur logique de contrôle, c’est déléguer une partie de l’autorité managériale à des plateformes dont on ne gouverne pas les paramètres – et en assumer les conséquences légales.

À suivre : Un cas concret dans les métiers de service : Burger King expérimente l’assistant vocal Patty dans quelque 500 restaurants américains. Intégré aux casques des équipes au drive, l’outil fournit de l’aide en temps réel mais analyse aussi les interactions avec les client·es (détection des formules de politesse, compilation d’indicateurs de rendement). Comme le note l’article de Science et Vie : « à mesure que ces technologies se diffusent, la frontière entre assistance et contrôle devient plus difficile à tracer. »

Les entreprises et leurs dirigeants – sans parler de leurs employés – sont partiellement dépassés, surpassés, voire manœuvrés par des systèmes qu’ils ne maîtrisent ni ne comprennent pleinement.

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